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Erasmus+, un programme réservé aux étudiants, et aux plus favorisés ?

Le programme Erasmus, devenu Erasmus+ en 2014, a bien évolué depuis sa création. Qui en profite aujourd’hui ? Quelles sont les destinations préférées ? Le montant des bourses ? Les conséquences du Brexit ? Et les avantages qu’offre une expérience à l’étranger sur le marché du travail ?

L'Espagne est-elle vraiment la destination préférée des étudiants en Erasmus+ ? - Crédits : Martin DM / iStock

L’Espagne est-elle vraiment la destination préférée des étudiants en Erasmus+ ? – Crédits : Martin DM / iStock

Erasmus est un programme uniquement réservé aux étudiants ?
FAUX

A sa création en 1987, Erasmus avait bien pour objet de faciliter les échanges d’étudiants et de professeurs dans l’Union européenne. Mais au fil du temps, ce programme s’est ouvert aux apprenants de la formation professionnelle (dès 1995), puis aux demandeurs d’emploi, aux bénévoles d’association, ou encore aux secteurs de la jeunesse et du sport (en 2014).

Depuis lors, on ne parle plus d’Erasmus, mais d’Erasmus+. Un peu plus de trente ans après sa création, le programme a profité à plus de 10 millions de personnes : environ la moitié issue de l’enseignement supérieur ; mais aussi un quart de la formation professionnelle (apprenants et formateurs).

Aujourd’hui, peuvent donc partir avec Erasmus+ :

  • Les élèves des collèges, des lycées et du supérieur… quel que soit leur âge : le doyen des étudiants en Erasmus+ avait 81 ans quand il est parti en 2018 !
  • Les apprenants de la formation professionnelle – par exemple les Bac Pro, ou les alternants en contrat d’apprentissage – dans tous les domaines. L’enseignement agricole est particulièrement dynamique en France, puisqu’il a représenté 27 % des mobilités de la formation professionnelle entre 2014 et 2018.
  • Les stagiaires
  • Les demandeurs d’emploi
  • Les formateurs, les enseignants et les personnels des secteurs de la jeunesse et du sport.

Il faut être issu d’un milieu favorisé pour partir ?
PLUTÔT FAUX

Selon une évaluation publiée en janvier 2018 par la Commission européenne, la part de jeunes défavorisés participant au programme Erasmus+ était évaluée à 11,5 % dans toute l’Union européenne entre 2014 et 2016.

La Commission appelait alors à « intensifier les efforts pour atteindre les personnes les plus vulnérables dans la société« , tout en soulignant que le programme Erasmus+ s’adressait déjà aux jeunes défavorisés, « davantage que ses prédécesseurs ou que les programmes nationaux comparables« .

Au cours de l’année 2016-2017 en France, selon une note de l’Observatoire Erasmus+ publiée en mars 2019, 39,2 % des étudiants en mobilité Erasmus+ étaient en effet boursiers sur critères sociaux. Soit 1,5 point de plus que la moyenne nationale (37,7 %).

La part de boursiers disposant d’une bourse d’échelon supérieur (5, 6 ou 7) était néanmoins nettement plus réduite en Erasmus+ qu’au niveau national.

Les étudiants en mobilité sont davantage issus de milieux favorisés, « tout comme la population étudiante nationale« , précise bien l’Observatoire. Mais cela « n’empêche pas une part non négligeable d’étudiants en situation de forte ou très forte vulnérabilité de partir« . En 2016-2017, 12,4 % des étudiants en Erasmus+ étaient dans cette situation, décrite comme « un état de fragilité socio-économique » qui « s’entend comme un risque de tomber dans la précarité ou la pauvreté« .

Dans l’enseignement et la formation professionnels, 61 % des apprenants  en mobilité Erasmus+ avaient une « origine sociale populaire » au cours de l’année 2016-2017 (deux parents ouvriers et/ou employés et/ou agriculteurs et/ou inactifs).

Le montant des bourses Erasmus+

Le principe du programme Erasmus+ est d’attribuer des bourses aux bénéficiaires pour les aider à réaliser leur projet de mobilité.

Un apprenti en Bac Pro, ou en CAP par exemple, peut partir de 2 semaines à 1 an. Ses frais de voyage sont pris en charge, et il touche entre 750 euros et 1000 euros par mois environ, selon la durée de son séjour et le pays de destination (le coût de la vie n’est pas le même en Pologne et en Turquie qu’en Suède et en Irlande, par exemple).

Les étudiants, eux, peuvent partir de 2 mois à 1 an. La bourse va de 170 à 520 euros par mois, selon le pays d’accueil, et selon que l’étudiant parte faire un stage ou des études (les bourses sont plus élevées pour les stagiaires). Lorsqu’il s’agit de partir pour une année d’études à l’étranger, ce sont donc bien les étudiants les plus favorisés qui ont le plus de chances de pouvoir la financer. Mais la bourse Erasmus+ peut être cumulée avec d’autres aides, allouées par exemple par des  ministères, des régions, le CROUS ou encore des mairies. Par ailleurs, des suppléments sont accordés aux étudiants en situation de handicap. Et aussi aux étudiants de pays et de régions ultrapériphériques pour financer les frais de voyage.

Les anciens Erasmus ont plus de chances sur le marché du travail ?
VRAI

Le temps de L’Auberge espagnole (sorti en 2002) n’est pas révolu. Mais Erasmus+ ne se limite plus aujourd’hui à la fièvre estudiantine. Depuis la France, 1/3 des étudiants qui partent en mobilité en Europe le font pour un stage, selon le rapport d’activités 2018 de l’Agence Erasmus+ France.

A leur retour de mobilité, environ 8 étudiants sur 10 estiment avoir amélioré leurs compétences linguistiques, leurs compétences professionnelles, et leur employabilité, selon une étude réalisée en 2016. « Plus de 85 % des apprenants estiment que leur adaptabilité, leur confiance en soi, leur ouverture d’esprit, leur sérénité se sont renforcés« , lit-on également.

Et ce ressenti semble se traduire positivement sur le marché de l’emploi, selon une enquête menée en 2013 par le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq). Elle montre que les jeunes sortis du système éducatif en 2010 se sont mieux insérés sur le marché du travail au cours de leurs trois premières années de vie active lorsqu’ils ont eu la chance d’effectuer « un séjour encadré à l’étranger, dans un cadre scolaire, de travail ou d’un stage« . Pour ces jeunes, « la part de temps passé en emploi sur les trois premières années de vie active (78 %) est largement supérieure à celle de l’ensemble de la Génération 2010 (66 %)« , note cette étude. En d’autres termes : « les jeunes ayant eu une expérience de mobilité sont moins souvent au chômage au cours des trois premières années de leur vie active« .

Par ailleurs, sur un échantillon représentatif de 33 500 jeunes, le Céreq observe que ceux partis en mobilité accèdent à leur premier emploi en 2,9 mois en moyenne, contre 4,6 mois pour les autres.

L’évaluation de la Commission européenne, publiée en janvier 2018, précise quant à elle que « le programme Erasmus+ encourage le développement des compétences en langues étrangères (gain de 7 % aux tests d’aptitude) et qu’il améliore même les taux de réussite des étudiants (+ 2 %)« . « Pour les acteurs de terrain (enseignants, formateurs, animateurs socio-éducatifs, personnel, etc.), la participation est porteuse de développement professionnel, avec notamment une extension des possibilités de réseautage (+ 22 points de pourcentage) et un recours accru aux ressources numériques (+ 5 points)« .

Dès le lendemain du Brexit, le programme Erasmus+ s’arrêtera au Royaume-Uni ?
PLUTÔT FAUX

De nombreux Européens actuellement en séjour au Royaume-Uni (ainsi que des Britanniques actuellement sur le « continent ») s’inquiètent des répercussions possibles du Brexit sur leur mobilité. Dès 2017, l’année suivant le référendum, l’université de Cambridge avait d’ailleurs indiqué que les demandes d’inscriptions en provenance de l’UE dans le cadre du programme Erasmus+ avaient baissé de 14,1 %, indique le Telegraph.

En effet, que se passera-t-il au lendemain du divorce, actuellement prévu le 31 octobre 2019 ? « Quelle que soit l’issue des négociations entre l’UE et le Royaume-Uni, le Brexit devrait entraîner d’importants changements en ce qui concerne Erasmus+« , ne cache pas la Commission européenne, qui a créé une page spéciale pour répondre aux interrogations des internautes.

Si l’accord de sortie négocié par Bruxelles et l’ancienne Première ministre Theresa May en novembre 2018 était finalement ratifié, une période de transition permettrait en principe à tous les programmes européens de suivre leur cours jusqu’à la fin de l’année 2020. Le temps d’organiser la suite…

Mais s’il n’y a pas d’accord ? Que se passera-t-il en cas de no deal ? Le 19 mars 2019, le Conseil de l’UE et le Parlement européen ont adopté un règlement « afin d’éviter toute perturbation des activités de mobilité à des fins d’éducation et de formation au titre d’Erasmus+, dans l’éventualité où le Royaume-Uni quitterait l’UE sans accord« , indique la Commission.

Ce règlement dit « d’urgence » permettra donc aux étudiants, aux apprenants de la formation professionnelle, et aux autres bénéficiaires d’Erasmus+ de mener à terme leur séjour « à des fins d’apprentissage« , sans interruption après le Brexit. Et cela vaudra aussi bien pour les Européens au Royaume-Uni, que pour les Britanniques sur le « continent ».

En revanche, il ne couvre pas les activités de mobilité qui commenceront après la date du retrait du Royaume-Uni. En cas de no deal, « le Royaume-Uni devien[dra] une destination inéligible pour toutes les [nouvelles] mobilités Erasmus+« , indique le site officiel du programme.

L’avenir du programme Erasmus+ au Royaume-Uni reste donc, à ce jour, incertain. D’autant plus que le pays pourrait aussi, même après une sortie sans accord de l’UE, demander à l’Union européenne de reprendre sa participation au programme -au même titre que la Norvège, le Liechtenstein, l’Islande, la Turquie, la Macédoine du Nord et la Serbie aujourd’hui.

Par ailleurs, pour contrer les effets du Brexit, certaines universités britanniques réfléchissent, depuis 2016, à ouvrir de nouveaux campus délocalisés dans les pays européens. Ce serait le cas de l’Université de Buckingham, par exemple. Le King’s College de Londres, lui, s’est déjà offert un nouveau campus à Dresde, en Allemagne. L’Université d’Oxford a ouvert un campus à Berlin et noué en 2017 un partenariat avec quatre universités de la capitale allemande. Tandis que Cambridge s’est associée à la Ludwig-Maximilian Universität (LMU) de Munich.

Et la tendance est réciproque : côté français, pour ne citer qu’elle, l’Université Paris Dauphine a inauguré, en avril 2019, son nouveau campus à Londres.

L’Espagne est la destination favorite des étudiants en Erasmus+ ?
VRAI

Environ 10 millions de personnes ont bénéficié d’Erasmus depuis la création du programme en 1987.

S’agissant des étudiants, l’Espagne est leur destination favorite. Largement devant l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France, selon les rapports annuels publiés par Erasmus+ depuis 2014.

Le dernier s’est penché sur les offres de bourses émises en 2016, pour l’année scolaire 2016-2017. Cette année-là, près de 326 000 étudiants ont effectué une mobilité avec Erasmus+. Le top 10 des pays qui les ont le plus accueillis était le suivant :

Qu’ils viennent de l’ouest ou de l’est de l’Europe, une forte proportion d’étudiants partent en Erasmus dans les pays de l’Ouest. Mais il est aussi intéressant de remarquer que des dynamiques régionales s’opèrent. La première destination des étudiants roumains en Erasmus+ en 2016-2017 était ainsi la Hongrie, ce qui est sans doute lié au fait que les Hongrois constituent la plus grande communauté ethnique de Roumanie après les Roumains.

Les Slovaques, eux, préfèrent de loin la République tchèque à toutes les autres destinations. Les Islandais choisissent plus volontiers le Danemark, tandis que les Bulgares et les Chypriotes sont nombreux à partir en Grèce.

Par exception à ces mouvements « régionaux » et à la dynamique « Est vers Ouest », la Pologne attire un nombre honorable d’étudiants espagnols chaque année. Elle accueille deux fois plus de Portugais que la France et l’Allemagne, mais également une fois et demie plus de Turcs que l’Allemagne !

C’est depuis la France que les étudiants ont le plus de chances de partir en Erasmus ?
FAUX

La Commission européenne rappelle que l’objectif fixé à Erasmus+ en 2014 est d' »aider 3,7 % des jeunes de l’UE » à réaliser un projet de mobilité entre 2014 et 2020.

Dans le sens des départs, la France est le pays duquel sont partis le plus d’étudiants au cours de l’année 2016-2017 (et au cours des deux années précédentes). Logiquement, le top 10 est complété par les autres Etats membres comptant parmi les plus peuplés de l’UE, ainsi que par la Turquie.

Rapporté au nombre d’étudiants dans chaque pays, la France, moins « peuplée » que l’Allemagne, mais à peu près autant que le Royaume-Uni, se démarque par le nombre d’étudiants qu’elle envoie en Erasmus.

Mais le grand gagnant est le Luxembourg, où près de 8 % des étudiants sont partis en Erasmus+ en 2016-2017 (contre moins de 2 % en France) ! Le Liechtenstein, la Lituanie, Malte ou encore le Portugal complètent le palmarès…

A ce jour, 34 pays participent au programme Erasmus+ : les 28 Etats membres de l’Union européenne, ainsi que l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège, la Turquie, la Macédoine du Nord et la Serbie (depuis 2019). Mais il existe également de nombreux établissements partenaires dans 160 pays du monde (Balkans, Russie, Moyen-Orient, etc.). En 2016-2017, ces derniers ont accueilli 2 454 étudiants en Erasmus+, et en ont fait partir 10 954. Une part modeste des échanges, donc, mais qui tend à se développer.

L’UE pourrait tripler le budget alloué à Erasmus+ ?
VRAI

Le programme Erasmus+ a été doté d’un budget de 16,5 milliards d’euros pour la période 2014-2020. Soit près de 2,5 milliards d’euros par an.

La Commission européenne souhaite que ces fonds soient fortement augmentés sur la période 2021-2027.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission 2014-2019, a ainsi proposé qu’ils soient doublés afin que le nombre de bénéficiaires total, depuis la création du programme, passe à plus de 22 millions d’ici à 2027 (contre une dizaine entre 1987 et 2019). Sa successeure Ursula von der Leyen, qui devrait entrer en fonction avant la fin de l’année, semble désormais défendre un triplement du budget d’Erasmus+. C’est en tout cas ce qu’indique la lettre de mission qu’elle a rédigée à l’intention de la future commissaire à l’Innovation et à la Jeunesse, la Bulgare Mariya Gabriel.

« Vous devrez soutenir l’objectif consistant à tripler la part du programme d’Erasmus+ dans le prochain budget. Un accord rapide est essentiel pour que tous les bénéficiaires puissent tirer le meilleur parti des opportunités offertes par le programme« , indique cette lettre.

Qui sont les futurs commissaires européens ?

La Commission s’alignerait ainsi sur une résolution du Parlement européen, les eurodéputés ayant proposé un triplement des fonds du programme dès le mois de mars 2019.

Mais qu’en pense le Conseil, principale institution habilitée à amender et adopter le budget européen, en fonction des orientations des Etats membres ? Pour l’heure, s’il s’est déclaré favorable à une extension des « possibilités d’apprentissage en Europe et au-delà à un plus grand nombre de personnes par rapport à la période actuelle« , il ne semble pas encore s’être penché sur les aspects budgétaires d’Erasmus+, « car les montants définitifs dépendront de l’accord sur le prochain cadre financier pluriannuel« .

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