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Vaccination contre le Covid-19 en Europe : où en est-on ?

Source : www.touteleurope.eu – Question-Réponse 06.01.2021 Barthélémy Gaillard

Face à l’épidémie de Covid-19 qui sévit sur son territoire depuis janvier 2020, l’Union européenne s’est investie pour assurer l’approvisionnement du continent en vaccin et pour coordonner les campagnes d’immunisation lancées le 27 décembre dernier. Retour sur la manière dont l’Union a financé la recherche scientifique et sur le rôle qu’elle a joué dans la course au vaccin effrénée que se sont livrées les grandes puissances.

Enjeu sanitaire majeur, la vaccination contre le covid-19 soulève également d’importantes questions géopolitiques – Crédit : pixabay

CE QUE VOUS ALLEZ APPRENDRE DANS CET ARTICLE

La Commission européenne a engagé 2,15 milliards d’euros sur son instrument d’aide d’urgence pour financer six laboratoires privés les plus avancés dans leurs recherches et précommander 1,895 milliards de doses qui seront partagées entre Etats membres.

L’Agence européenne des médicaments a rendu un avis favorable pour la mise sur le marché conditionnelle de deux vaccins, permettant aux Etats membres d’entamer leurs campagnes dès le 27 décembre, avec des résultats contrastés jusqu’ici.

La priorité de la Commission reste la santé des citoyens européens, mais elle veut aussi assurer un accès mondial au vaccin. Elle a d’ailleurs garanti le dispositif COVAX, mis en place par l’OMS, destiné à favoriser la vaccination dans les pays pauvres, à hauteur de 500 millions d’euros.

Avec plus de 375 000 morts (UE27) du coronavirus depuis le début de l’année 2020, l’Union européenne a payé un lourd tribut à la pandémie qui touche la planète. Face à la crise, l’Union a soutenu les Etats sur le plan sanitaire d’abord (coordination des équipements médicaux…), puis sur le plan économique (assouplissement des règles de déficit…) et social (aide à l’indemnisation du chômage partiel…). Jusqu’au plan de relance inédit adopté par les dirigeants européens en juillet.

Le nombre de décès en Europe

Si la plupart des médias rapportent actuellement 450 000 morts en Europe, ils prennent en compte l’ensemble des pays du continent. Notre comptabilité s’appuie quant à elle sur le recensement effectué par l’université Johns Hopkins pour les 27 Etats membres de l’Union européenne. Le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies (ECDC) prend en compte le nombre de morts dans l’espace économique européen (UE + Norvège, Islande, Suisse et Liechtenstein, le Royaume-Uni n’en fait plus partie depuis le 1er janvier 2021), soit 428 000 décès au 31 décembre.

Covid-19 : ce que l’Union européenne peut (et ne peut pas) faire

Comment l’Union européenne s’est-elle investie ?

Parmi ces mesures, la recherche d’un vaccin engage aujourd’hui d’importants financements, progressivement mobilisés à mesure que la Commission européenne s’est investie sur ce sujet. Entre janvier et mars 2020, l’exécutif européen a d’abord engagé des fonds prélevés sur son programme de recherche « Horizon 2020 » allant de 10 à 140 millions d’euros. Avant de présenter une stratégie plus globale de recherche du vaccin le 16 juin.

Cette dernière est plus ambitieuse puisqu’elle mobilise 2,15 milliards d’euros prélevés sur l’enveloppe de l’instrument d’aide d’urgence européen. Débloqués au cours de l’été 2020, ces fonds devaient donner les moyens aux laboratoires privés de trouver un vaccin d’ici 12 à 18 mois, quand ce type de recherche prend généralement une dizaine d’années. Cet objectif ambitieux fixé par la Commission européenne a même été dépassé, puisque Pfizer et BioNTech n’ont mis que 6 mois à présenter un candidat vaccin, mis sur le marché européen fin décembre (voir plus bas).

Sur quels principes repose sa stratégie ?

  • Sur une approche multilatérale et coopérative

A l’inverse des Etats-Unis, la Commission européenne privilégie une approche multilatérale et coopérative, selon laquelle les pays les plus riches et les plus avancés en matière de recherche et d’innovation ont la responsabilité de trouver très rapidement un vaccin non seulement pour protéger leurs populations, mais aussi pour permettre aux ressortissants de pays moins développés d’en profiter à terme. Une approche bien résumée par la présidente de l’exécutif européen Ursula von der Leyen : « L’Union européenne ne sera à l’abri que si le reste du monde est à l’abri« .

C’est pourquoi la Commission européenne a organisé une conférence des donateurs au niveau mondial. L’initiative, parfois surnommée « Covidthon », a permis de réunir plus de 15 milliards d’euros de la part des Etats et des grandes fortunes de la planète. Cet argent sera utilisé pour garantir un accès universel à la vaccination, et notamment au continent africain. Dans ce cadre, la Commission européenne a également fait une promesse de dons de 500 millions d’euros au mécanisme COVAX, destiné à garantir l’égalité d’accès aux vaccins dans le monde sous l’égide de l’OMS et à commercialiser 2 milliards de doses d’un potentiel vaccin dans les pays les plus déshérités à trois dollars l’unité.

  • Sur le financement de la recherche privée

L’autre trait caractéristique de la stratégie européenne, c’est le financement de la recherche privée. L’Union se place avant tout comme mécène et financeur des projets initiés par des laboratoires privés. Une stratégie qui repose sur un principe simple, celui du pré-achat. De l’argent frais est mis à disposition de laboratoires dont les programmes de recherche sont jugés assez crédibles et avancés pour s’engager financièrement auprès d’eux. En contrepartie de cet investissement, les laboratoires s’engagent de leur côté à fournir en priorité les doses de vaccin produites aux pays européens. Cela signifie néanmoins que si l’une ou l’autre des recherches financées venait à ne pas aboutir ou si le vaccin trouvé n’était pas autorisé à être mis sur le marché, les fonds investis seraient perdus.

Si la Commission européenne  finance la recherche, ce sont donc bien les Etats membres qui devront acheter les doses une fois la production des vaccins engagée. De même, elle ne décide pas seule des laboratoires avec lesquels engager des discussions. Elle préside un comité de pilotage au sein duquel siègent des représentants des Etats membres, qui ont pour mission de conseiller l’exécutif européen au cours des négociations.

Combien de doses l’Union européenne a-t-elle précommandé ?

Ces derniers mois, des contrats ont donc été signés avec six laboratoires, pour un total de 1,895 milliard de doses potentielles. En voici le détail :

  • 27 août : contrat avec AstraZeneca (dont le candidat vaccin est efficace à 70 %) pour 300 millions de doses (plus 100 millions de doses supplémentaires si besoin).
  • 18 septembre : deuxième contrat avec Sanofi pour 300 millions de doses.
  • 8 octobre : contrat avec Janssen Pharmaceutica, la filiale belge du laboratoire américain Johnson & Johnson pour 200 millions de doses, avec une éventuelle deuxième livraison de 200 millions de doses supplémentaires.
  • 11 novembre : nouveau contrat avec Pfizer-BioNTech (candidat vaccin efficace à 90 %) pour 200 millions de doses plus 100 millions en option.
  • 17 novembre : contrat avec le laboratoire allemand CureVac pour 235 millions de doses et jusqu’à 180 millions de doses additionnelles si besoin.
  • 25 novembre : dernier contrat avec l’Américain Moderna (dont les tests cliniques indiquent une efficacité à 94,5 %) pour 80 millions de doses supplémentaires.

Chaque Etat membre a ainsi droit à une part du stock constitué par la Commission européenne proportionnelle à sa population. Pour la France, elle devrait se situer autour de 15 %, soit 200 millions de doses au total environ. La plupart des traitements vaccinaux à l’étude se réalisant en deux injections, cela permettrait à l’Etat français de pouvoir assurer la vaccination d’au moins 100 millions de personnes. Néanmoins, les pays de l’UE ne sont pas tenus d’acheter la totalité du stock pré-réservé par la Commission européenne. Ils sont libres de fixer la quantité de vaccins dont ils ont besoin, qu’ils peuvent donc acheter au prix fixe défini dans le contrat cadre signé entre l’exécutif européen et les laboratoires.

Une initiative intergouvernementale européenne parallèle

Le 3 juin dernier
, l’Allemagne, la France, l’Italie et les Pays-Bas ont lancé l’Alliance européenne pour le vaccin contre le Covid-19. Une initiative menée « en lien avec la Commission européenne » et « ouverte aux autres Etats membres de l’Union européenne« . Le projet ne se veut donc pas concurrent de celui de la Commission européenne mais complémentaire. Si l’alliance a trouvé un premier accord pour réserver 400 millions de doses d’un éventuel vaccin auprès du laboratoire AstraZeneca, aucune avancée n’a néanmoins été observée depuis.

Quand sont-elles entrées en circulation en Europe ?

Si le Royaume-Uni a entamé sa campagne de vaccination le 8 décembre (à ce jour, près d’un million de personnes ont été traitées avec des doses achetées à Pfizer-BioNTech et à AstraZeneca), l’Union européenne a suivi le mouvement de près. Après l’avis favorable rendu par l’Agence européenne des médicaments (AEM), la Commission européenne a en effet autorisé la mise sur le marché conditionnelle du vaccin de Pfizer-BioNTech le 21 décembre. L’AEM a également rendu un avis favorable au sujet du candidat vaccin de Moderna le 6 janvier.

L’autorisation conditionnelle de mise sur le marché donnée par la Commission permet d’autoriser la commercialisation du vaccin sans attendre d’avoir reçu la totalité des informations nécessaires habituellement, tout en fixant aux laboratoires une liste d’exigences qu’ils devront satisfaire plus tard. Avec cette procédure, les laboratoires sont autorisés à ne pas transmettre immédiatement certaines informations dont ils ne disposent pas encore, comme la durée de l’immunité.

Dans les jours suivant la première autorisation, les Etats membres ont tous démarré leurs campagnes de vaccination entre le 27  et le 29 décembre. Un timing serré, rendu possible par la procédure d’urgence mise en place pour la rédaction des actes juridiques nécessaires à l’autorisation de mise sur le marché. Généralement longue de deux mois, cette procédure n’a pris que 24 heures.

En France, la première campagne de vaccination à destination des personnes âgées vivant en EHPAD a donc débuté le 27 décembre. Elle fait depuis l’objet de nombreuses critiques, tant le pays semble avoir pris du retard par rapport à ses voisins européens. En effet, selon la comptabilité établie par Politico au 5 janvier, seules 5 000 personnes avaient reçu une première dose de vaccin, contre 316 000 en Allemagne et 182 000 en Italie.

Une comparaison de chiffres bruts nuancée par le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal dans les colonnes du Parisien : « Pour la première phase, […] ce sont les vaccins qui se déplacent à nos aînés, pas l’inverse. Les Allemands ont, eux, un champ plus large en ciblant d’autres populations« , a-t-il argumenté. La France tente néanmoins de rectifier le tir en bousculant son calendrier : le 4 janvier, elle a notamment ouvert la vaccination aux personnels soignants de plus de 50 ans, initialement prévue début février. Les citoyens de plus de 75 ans ne résidant pas en EHPAD pourront également bénéficier d’injections avant début février.

Quels sont les enjeux de cette course à la vaccination ?

Par l’ampleur des investissements consentis, mais aussi par l’importance de l’enjeu sanitaire, cette course au vaccin soulève de nombreux enjeux médicaux, commerciaux, politiques et diplomatiques pour l’Union européenne et ses Etats membres.

  • La souveraineté sanitaire européenne

Le premier enjeu, souligné par la Commission européenne et par le Parlement européen, relève de la souveraineté sanitaire de l’Union. La crise du Covid-19 a en effet souligné la grande dépendance de l’UE aux marchés chinois et indien. En 1990, l’Europe produisait 80 % des médicaments qu’elle consommait. Aujourd’hui, la Chine et l’Inde fournissent 80 % des matières premières nécessaires à leur élaboration.

« L’espace Schengen est mis en danger par l’absence de coordination dans la mesure du risque sanitaire »

La signature d’un contrat avec un laboratoire français comme Sanofi est donc importante en ce sens, d’autant que le laboratoire a assuré que la production des doses se ferait sur le sol européen. Bien que le vaccin qu’il produit en collaboration avec le Britannique GSK ne sera, selon sa communication, pas disponible avant la fin de l’année, cela permettrait ainsi à l’UE de recouvrer une certaine autonomie dans la chaîne de production pharmaceutique, un enjeu éminemment politique depuis la pandémie de Covid-19.

Néanmoins, les débuts poussifs de la vaccination sur le continent ont poussé certains observateurs à pointer du doigt les lacunes européennes en la matière, alors même que le vaccin commercialisé a été conçu en partie par un laboratoire allemand (BioNTech). Ainsi, le journal Die Welt déplore que « le fruit de la recherche allemande soit largement disponible aux États-Unis mais demeure une denrée rare en Allemagne« . En effet, le gouvernement allemand a déclaré que les stocks qui lui sont alloués jusqu’ici sont insuffisants pour tenir le rythme de vaccination initialement prévu.

  • Le rapport de force avec les laboratoires privés

Ce constat pose une question : à qui les laboratoires ayant signé des contrats avec plusieurs grandes puissances mondiales accordent-ils réellement la priorité ? Les laboratoires engagés dans la recherche d’un vaccin faisant face à une demande mondiale exponentielle, cette situation les place de fait en position de force.

Là encore, l’exemple de Sanofi illustre bien la problématique. Sanofi ayant pris des précommandes prioritaires des Etats-Unis comme de l’Union européenne, qui bénéficierait réellement de la primeur lorsque la production sera engagée ? Interrogée à ce sujet à la mi-mai 2020, Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée française chargée de l’Industrie, s’est voulue rassurante sans totalement répondre à la question : « Le patron de Sanofi France m’a confirmé que le vaccin serait accessible à tous les pays et qu’évidemment il serait accessible aux Français, ce d’autant qu’il a des capacités de production en France« .

Autre exemple de ce rapport de force à l’avantage des laboratoires, le 16 novembre, Moderna a annoncé avoir développé un candidat vaccin efficace à 94,5 %. Ayant déjà conclu des contrats avec le Japon, les Etats-Unis ou encore le Canada, le laboratoire n’a alors pas manqué de mettre la pression sur l’Union européenne, par la voix de son patron Stéphane Bancel à l’AFP, en rappelant que plus la signature interviendrait tard, plus cela « ralentir[ait] la livraison« .

  • La transparence sur les termes des contrats signés

Au nom du secret des affaires, la Commission européenne a gardé confidentiel le contenu des six accords de pré-commande conclus avec les laboratoires. Une source européenne justifie cette confidentialité en arguant que si les laboratoires avec lesquels l’exécutif européen sont actuellement en négociation connaissaient les termes des contrats déjà signés, ils pourraient être tentés d’exiger des conditions similaires, voire plus avantageuses.

Une stratégie désapprouvée par certains députés européens spécialistes des politiques de la santé tels que Véronique Trillet-Lenoir (Renew Europe), membre de la commission Environnement, Santé publique et Sécurité alimentaire, interrogée sur le sujet lors d’un point presse le 16 novembre : « Nous sommes attentifs à la transparence sur ces contrats et demandons que leur prix, le site de production des vaccins, la règle sur la propriété industrielle qui les régit et la responsabilité juridique des laboratoires soient communiqués de manière transparente« .

Quelle serait la responsabilité des laboratoires en cas d’effets secondaires ? Dans quelle mesure la production du vaccin pourrait engendrer des retombées positives sur le territoire européen en termes d’emploi et de croissance ? Autant de questions qui font actuellement débat. Une source de la Commission européenne assure que le cadre juridique de ces contrats ne dérogera pas aux règles habituelles et que « le producteur du vaccin reste responsable des potentiels effets secondaires« . De son côté, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a précisé que les doses du vaccin Pfizer-BioNTech destinées aux Etats membres seraient produites sur le site belge de Pfizer et dans les locaux allemands de BioNTech.

Sur la question du prix en revanche, les laboratoires ont tour à tour dévoilé les tarifs qu’ils allaient pratiquer. Sanofi s’est ainsi engagé à vendre une dose de son futur vaccin pour moins de 10 euros dans les pays développés, rapporte 20 Minutes. AstraZeneca a pour sa part affirmé qu’il revendrait le sien à prix coûtant, soit 2,50 euros. Reuters rapporte qu’une dose du vaccin Pfizer BioNTech coûtera 15,50 euros, tandis que celui de Moderna devait être vendu à 37,50 euros. De fortes disparités qui s’expliquent notamment par les conditions de conservation plus contraignantes pour les deux derniers candidats.

  •  La transparence des résultats des essais cliniques

Si depuis 2016, l’Agence européenne des médicaments publie systématiquement les rapports sur les produits pharmaceutiques dont elle étudie la mise sur le marché, la députée écologiste Michèle Rivasi voudrait pour sa part pousser plus loin encore la démarche de transparence : « Il faut se servir de cette période où de fortes sommes d’argent public sont investies pour obtenir plus de transparence sur les données cliniques. Pour l’instant, l’Agence européenne des médicaments les divulgue seulement a posteriori. Or nous les voulons avant, pour que des experts indépendants puissent également juger de leur validité« .

Pour étayer son propos, l’eurodéputée invoque l’exemple du Remdesivir, médicament contre le Covid-19 dont la Commission européenne a commandé 500 000 traitements auprès du laboratoire Gilead le 7 octobre 2020. Une semaine après la signature du contrat, l’OMS avait en effet estimé que le traitement avait « peu ou pas d’effet » sur les personnes atteintes par le Covid-19 et même déconseillé son usage, affirmant qu’il y avait « une possibilité d’importants effets secondaires« . Face à ces expériences passées et ces inquiétudes, une source de la Commission européenne assure que l’Agence européenne des médicaments « publiera beaucoup plus de données qu’elle ne le fait d’ordinaire« , notamment sur les « alertes de sécurité sur les effets secondaires« .

  • La coordination des campagnes nationales de vaccination et l’égal accès au vaccin au sein de l’Union

En parallèle, la Commission européenne tente de coordonner la distribution des doses et les campagnes de vaccination dans l’ensemble des Etats membres. Elle a ainsi garanti l’égal accès aux doses de vaccins aux Vingt Sept, un engagement qui montre ses limites, à en croire le ministre de la Santé français Olivier Véran. Alors que Paris avait annoncé qu’il disposerait d’un million de doses du vaccin au 31 décembre, ce dernier a en effet affirmé que par souci d’équité, la Commission européenne a décidé « de plafonner les livraisons par pays à 520 000 doses par semaine, afin de faciliter la logistique et d’assurer un traitement équitable entre tous les pays« , rapporte France Info.

L’exécutif européen a également formulé des recommandations, rappelant aux Vingt-Sept qu’ils devaient communiquer sur l’intérêt du vaccin pour maintenir un haut niveau de confiance des citoyens. Un enjeu de taille, notamment en France, où une large part de la population est hostile aux vaccins.

Favorables, sceptiques ou hostiles : comment les populations européennes accueillent le futur vaccin contre le Covid-19 ?

La Commission invite aussi les pays de l’UE à définir les catégories de population à vacciner en priorité et à mobiliser des effectifs compétents et une chaîne logistique adéquate pour assurer avec succès ces campagnes de vaccination. Certains vaccins comme celui de Pfizer-BioNTech doivent en effet être conservés entre -70 degrés et -80 degrés, rendant son transport plus complexe.

Où en sont les autres grandes puissances ?

La pandémie de Covid-19 qui frappe la planète a paralysé l’économie mondiale, mais pas la communauté scientifique, lancée dans une course effrénée au vaccin depuis de longs mois. Le 29 décembre, l’OMS estimait que 232 vaccins potentiels étaient actuellement à l’étude dans le monde, dont 60 étaient testés sur l’homme et 12 dans la dernière phase des essais cliniques avant demande d’homologation. Ces recherches aiguisent les appétits des grandes puissances mondiales, qui se livrent à une compétition pour réserver un maximum de doses à leur population.

Aux Etats-Unis, Donald Trump a tenté de racheter un laboratoire allemand dès mars 2020 avant de s’assurer la priorité sur les livraisons d’un potentiel vaccin auprès de la branche américaine de Sanofi. Les Etats-Unis ont depuis dépensé 10 milliards de dollars dans six projets et ont entamé leur campagne de vaccination le 14 décembre, en même temps que le Canada. Washington a autorisé l’utilisation d’urgence des vaccins de Pfizer-BioNTech et de Moderna, pour 300 millions de doses au total, et a déjà inoculé une première dose de vaccin à 4,2 millions d’Américains, loin de l’objectif de 20 millions de personnes initialement affiché.

De leur côté, la Chine et la Russie recourent plus volontiers à la recherche publique. La première développe ainsi son propre programme. Après avoir autorisé l’usage d’un vaccin expérimental dans les rangs de son armée, elle aurait entamé une campagne de vaccination en juillet dernier et ainsi déjà immunisé 4,5 millions personnes et compterait en traiter 50 millions d’ici à la mi-février. La Chine a finalement rejoint le mécanisme de vaccination à l’échelle mondiale COVAX début octobre 2020, à l’inverse des Etats-Unis.

La Russie avait quant à elle déjà inoculé son vaccin Spoutnik V à 100 000 personnes à la mi-décembre. Fruit de la collaboration entre le laboratoire Gamaleïa et le ministère russe de la Défense, il affiche un taux d’efficacité de 91 % d’après les résultats dévoilés par l’équipe de recherche.

Ce vaccin a séduit la Hongrie, un Etat membre en opposition frontale avec l’Union européenne sur certains sujets (état de droit, migrations…), et qui tenait à s’affranchir de la stratégie européenne de vaccination pour marquer son indépendance vis-à-vis de Bruxelles. Budapest a donc reçu les premiers échantillons de Spoutnik V fin novembre. Cependant, Viktor Orbàn a depuis reconnu « qu’il n’y aurait probablement pas assez [de doses du vaccin russe] à l’avenir au vu des capacités de production limitées« . La Hongrie a donc finalement recouru au vaccin BioNTech/Pfizer, mais a tenu à lancer sa campagne de vaccination le 26 décembre, soit la veille de la date sur laquelle s’étaient accordés les autres Etats membres. Cette stratégie sanitaire illustre bien la dimension éminemment politique que revêt la course au vaccin, les choix de chaque Etat recoupant les lignes de fracture géopolitiques aux niveaux européen et mondial.

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